Reportage précédent Reportage suivantUn endroit idéal?

Débarquement à NuweibaUne courte croisière de trois heures et nous posons enfin le pied en Égypte, à Nuweiba précisément. Le temps d'interminables et incompréhensibles attentes administratives qui nous donnent une première impression de l'efficacité locale, et nous débarquons en territoire égyptien. Dans ce décor de montagnes qui caractérise le paysage désertique du Sinaï, les premières 504 Peugeot nous collent au train : "Taxi? Where you go?..." (Où allez-vous?).
Forts de notre expérience, nous nous jetons à l'eau., et avec l'aide d'un local, écrivons sur un carton 'Dahab' en langue arabe. Un, deux puis trois kilomètres à pied, et nous stoppons à un carrefour qui nous semble idéal. Le trafic est rare, et déjà la nuit commence à tomber. Il y a bien une voiture sur deux qui s'arrête, mais la philosophie du stop ne semble pas être de mise dans la région. Touriste est ici synonyme de business, et, en ces temps où les proies se font de plus en plus rares, nous devenons de beaux pigeons à plumer. Les prix affichés sont extravagants, croyant ainsi refaire le business perdu sur notre dos.

- Non merci! Bonne route... répondons-nous sans relâche à des chauffeurs qui font maintenant demi-tour pour nous proposer leurs services.
Et constatant qu'il sera difficile de quitter l'endroit ce soir, nous renonçons finalement pour rejoindre un camp bédouin situé sur les bords de la Mer Rouge pour la nuit. La situation semble idéale: bungalows au bord de mer, pas un touriste, un propriétaire charmant, une eau cristalline à quelques pas d'un désert aussi étrange que fascinant. Bref, présenté comme ça, ça paraît plutôt bien non? Mer Rouge??..., 
Golfe d'AqabaDe plus, Ahmed nous promet la visite de la star locale pour laquelle nombre de touristes se déplacent jusqu'ici, je veux parler 'du' dauphin de Nuweiba. Un animal que tous les guides touristiques évoquent, tant l'histoire -authentique semble-t-il-, ressemble à un conte. Une histoire d'amour en tout cas, entre un homme sourd et muet et un mammifère qui s'est vite transformé en une vulgaire opération commerciale. Les cars de touristes viennent ainsi, moyennant finance évidemment, voir, nager et toucher ce dauphin prostitué à ses dépends. Mais l'histoire est sauve, car de plus en plus agacé par ce cirque, le dauphin ne ferait semble-t-il, plus que de très rares visites des lieux. Preuve s'il en était que cet animal est intelligent...
Le temps d'une journée, nous restons là à admirer et écouter la mer. Malheureusement le clapotis des vagues est à notre goût trop souvent interrompu par les Bédouins du coin qui se sont donnés le mot : "Deux portefeuilles viennent d'arriver, allons leur souhaiter la bienvenue!". Et ça n'arrête pas : qui se dit guide-touristique, qui est taxi, un autre nous propose une balade en chameau, un autre encore une plongée à Sharm El Sheikh...
- NON MERCI! On veut du calme, finissons-nous par nous agacer, avant de comprendre que si nous ne sommes pas venus ici pour dépenser de l'argent, nous n'avons pas grand-chose à y faire.
Message reçu 5 sur 5, et nous reprenons la route dès le lendemain, sac au dos et toujours pouce levé, malgré les propositions des taxis qui brûlent de l'essence à sillonner la région comme des rapaces. Commençant à douter que la pratique est courante dans la région, nous insistons, jusqu'à ce qu'un minibus stoppe à notre hauteur et, pour la deuxième fois propose de nous emmener.
Récifs coraliens sur le Golfe d'Aqaba
en face, l'Arabie Saoudite- Merci, mais vous êtes un taxi et nous n'avons pas d'argent! (Ce qui est vrai en plus! Nous n'avons plus que de la monnaie jordanienne et plus une livre égyptienne, et par-dessus tout envie de voir si le stop fonctionne ici.)
- Mais c'est pas cher! insiste-t-il. Je vous fais le prix du bus: 10 livres chacun!
Nous nous étonnons en constatant que les prix ont été divisés par plus de vingt depuis avant-hier soir!!
- Vous êtes gentil, le remercions-nous, mais nous ne voulons pas vous faire perdre votre temps: nous n'avons pas d'argent! RIEN! Pas un euro, pas un kopek, pas une livre, RIEN! répondons-nous en insistant sur chaque mot pour être sûr qu'il capte enfin le message.

L'homme semble réfléchir quelques minutes et revient à la charge. '(Ben décidément, il est lourd celui-là!' Soufflons-nous)
- Vous venez de quel pays?
- La France, pourquoi?
- Bon ben OK, montez! Je vous emmène pour rien!

Et vive Djak' Tchirak'! (Jacques Chirac avec l'accent local!)
Bienvenue chez BishbishiSans plus d'explications, nous montons à bord et filons déjà en direction de Dahab, distante de soixante-dix petits kilomètres que nous parcourons, bordés à l'est par le Golfe d'Aqaba, et à l'ouest par les dernières montagnes du désert du Sinaï. D'étranges paysages aux couleurs ocres et rosées défilent sous nos yeux. De temps à autre, nous distinguons quelques villages bédouins posés dans cette immensité aride. Indispensables montures, et compagnons de toujours, les chameaux se nourrissent de la très rare végétation. Les yeux ébahis dans un tel spectacle que nous découvrons pour la première fois, nous avançons rapidement sur cette route en parfait état. Seuls quelques contrôles militaires ralentissent notre progression. Il faut souligner en effet que la région du Sinaï n'est totalement redevenue égyptienne qu'en 1983, à la suite des fameux accords de Camp David qui valurent le prix Nobel de la paix aux chefs d'état égyptien et israélien, Anouar El Saddate et Menahem Begin.
Dès notre arrivée à Dahab, le chauffeur nous conduit, c'est de bonne guerre, directement dans un hôtel tenu par un ami. Hôtel très 'in' pas tellement dans notre style, nous choisissons de jeter un œil sur une formule plus tranquille et meilleure marché connue ici sous le nom de 'camp'. Ceci correspond en fait à un terrain où sont implantés des bungalows individuels plus ou moins spartiates, plus ou moins propres, complétés par une cuisine -sommaire- et des sanitaires en commun. Le tout pour un prix avantageux oscillant autour de deux ou trois euros la location. Après plusieurs visites, nous arrêtons sans hésitation aucune notre choix sur LE lieu que nous cherchions pour nous reposer.
Nous venons de débarquer au "Bishbishi's Garden Camp".
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