Reportage précédent Reportage suivantTraversée du Taklamakan

Avec la calotte musulmane d'Hadji OsmanDe retour à Hotan, nous retrouvons Kamel et Catherine avec lesquels nous rejoignons la gare routière, non pas pour prendre un bus -ce qui serait fort trop banal!-, mais pour profiter du fait qu'un écran géant de télévision est installé dans la salle d'attente. Attentifs, une dizaines de personnes sont déjà installées et attendent patiemment un événement qui va être suivi par plusieurs centaines de millions de téléspectateurs à travers le monde.
- Les masters de "Questions pour un Champion" ??
- Mais non Caroline!... Concentre-toi un peu!... Voyons, c'est sérieux!
- Heu ... La première demie-finale de la coupe du monde de football opposant L'Allemagne à la Corée du Sud avec les compositions des équipes suivantes : Allemagne, dans les buts : Oliver Kahn, le capitaine, arrière gauche ...
- C'est bon, c'est bon!! Je plaisantais...

Un peu accrocs au football quand même, nous nous installons en rêvant que le petit poucet inattendu à ce stade de la compétition bouscule un peu la hiérarchie. Dans une ambiance très calme, sans passion ni cris, le miracle n'aura pas lieu non plus sur ce téléviseur! L'Allemagne est en finale. A côté de moi, un vieil homme s'est assis et entame une conversation où aucun de nous ne parle la langue de l'autre, mais qu'importe! Hadji Osman, est malicieux, rigolard, nous parlons avec des gestes. Acceptant volontiers qu'on immortalise cette rencontre, il vient de poser sur ma tête sa calotte ouighoure, puis demandant une seconde photo, son chech musulman! Bus couchette
- Et vive les ouighours! me fait-il comprendre pour bien marquer sa différence avec les chinois.
- Vive Hadji Osman le Ouighour! poursuivai-je, en regardant s'éloigner sa carcasse impressionnante qui nous fait un dernier au revoir.

27 Juin, 8h30. Mille huit cent quatre-vingts kilomètres nous sépare encore d'Urumqi comme nous prenons place dans le bus-couchette à la chinoise qui doit nous amener en 27 heures de route à destination. Un voyage peu banal puisque, outre le fait que nous allons nous déplacer allongés dans un bus qui nous fait penser à un hôpital roulant, nous allons emprunter la route transdésertique qui coupe, dans un axe Nord-Sud, le désert du Taklamakan en deux.
Et pour nous, c'est une grande première. Nous n'avons en effet jamais encore vu de 'vrai' désert. On a bien parcouru un désert de sel il y a quelques années en Bolivie, il y a quelques mois une partie du désert australien où subsiste toujours une végétation qu'on appelle le 'bush', mais jamais de désert de sable avec des dunes à perte de vue, comme dans les livres! L'idée nous excite déjà, comme des enfants!

Malade sur la couchette...Plusieurs centaines de kilomètres durant, avant cette arrivée tant attendue au Pays des Merveilles, des paysages désertiques comme nous en avons déjà rencontrés en traversant le Bassin du Tarim, se déroulent sous nos yeux. Dans cet univers minéral où les tons d'un beige-laiteux sont les seules couleurs de la palette, de temps à autre, une oasis vient troubler la monotonie de cette route qui borde le Taklamakan sur sa partie méridionale. Et là, au milieu de rien, seulement visités par quelques rares véhicules et le vent qui transporte en permanence des tonnes de sable, des hommes et des femmes vivent, comme abandonnés du monde.
Allongé sur le lit supérieur à l'avant droit du bus, je me fais des films en traversant ces villages à 70 km/h. J'invente des vies à ces gens, et essaye de comprendre comment on peut vivre ainsi reclus du monde. C'est même pas joli en plus... Certains d'entre eux n'ont peut-être, de toute leur vie, jamais quitté ce bout du monde qui est tout le leur. Combien existe-t-il d'endroits au monde tels que celui-ci, îlot désert entouré de terre...
Sur la couchette inférieure, Caroline bouquine. Des vingt passagers du bus, la plupart sommeille.Transdésertique du Taklamakan
Et puis nous arrivons enfin à
Minfeng, la bifurcation vers le nord qui marque le début pour la grande traversée. du Taklamakan. Plus de 500 kilomètres à couvrir sur une route surélevée afin d'éviter l'ensablement qui la noierait dans cette mer de sable dans laquelle nous commençons à nous engloutir.
En ce
tte date anniversaire de notre mariage, le cadeau est sous nos yeux. Le seul problème, c'est que le plat de mouton que nous avons mangé hier soir nous gâche un peu la fête... En vocabulaire de voyageur, c'est une tourista. Médicalement, c'est un diarrhée carabinée! Et pour moi, le résultat est le même!! Aux premiers symptômes ce matin, je me suis jeté sur l'Imodium, dont l'efficacité n'est pas convaincante si j'en crois mes intestins... Allongé, je recommence à me tordre de douleur. Et il faut que ça arrive un jour où on prend le bus. La loi de l'emmerdement maximum en quelque sorte... A trois reprises, plié en deux, je fais arrêter le bus sur ce ruban d'asphalte posé sur un océan de sable... Pas un arbre, pas un fossé, pas un petit coin à des dizaines de kilomètres à la ronde : rien! C'est l'endroit Treillis de végétation fixant les dunesidéal en somme! Et je vais finalement trouver refuge derrière le bus, au milieu de la route... bientôt rejoint par Caroline qui accuse le même mal avec quelques temps de retard! Et malgré la douleur qui nous tord les tripes, nous échangeons un sourire tellement le tableau est irréel!
- La photo était quand même plus présentable il y a 4 ans!...
- Moins originale en tout cas...
A force de comprimés d'Imodium, nous finissons par faire taire nos intestins et reprenons vie. Il faut dire que le spectacle du désert vaut beaucoup mieux que le récit de notre tourista du Taklamakan!

Depuis nos lits roulants, nous traversons une mer sable où les vagues gigantesques sont ici des dunes qui viennent mourir sur le bord de la route d'une parfaite rectitude. A l'infini, tout n'est que sable, fluide qui modèle en permanence cet espace sans cesse en transformation. Parfois, les dunes et dunettes disparaissent totalement, comme un lac qui n'en finit pas. Rivés aux fenêtres, nous sommes admiratifs, fascinés. De temps à autre, comme des algues surgiraient au beau milieu de l'océan, Arbuste survivant...quelques arbustes apparaissent, trônant fièrement au sommet de montagnes de sable. Accrochés par un impressionnant réseau de racines, ils étranglent la dune dont ils ont pris possession de cette toile d'araignée végétale tissée au sol. Captive, la dune arrêtera ici son errance. C'est ce principe que tente d'ailleurs d'utiliser les Ponts et Chaussées locaux en posant, de chaque côté de la route sur des dizaines de kilomètres, des treillis de végétation larges de plusieurs centaines de mètres, qui ont pour rôle de fixer les dunes. Le risque permanent est en effet de voir un jour disparaître la route sous le sable. Maître du désert, le vent modèle le paysage à son gré.
Plus loin, ce sont maintenant de vrais arbres qui, tels des mirages, donnent au paysage une allure encore plus irréelle. Fantomatiques, tortueux comme pour signifier la difficulté de vivre dans un tel environnement, on se demande comment la nature autorise la survie d'une quelconque végétation dans cette aridité qui paraît absolue. Un vrai mystère. Et pourtant, de l'eau il doit Train au départ d'Urumqibien en avoir sous une forme autre que déshydratée! Face à ces questions métaphysiques, nous restons bouche-bée, cette première rencontre avec le désert nous donne envie d'en connaître d'avantage sur ce milieu fascinant. Nous nous prenons alors à rêver d'une traversée du Sahara. Plus tard sûrement...

Tel un métronome, le bus nous dépose à la gare routière d'Urumqi à 11h00 le matin du second jour. Le temps de prendre un bus urbain et nous rejoignons la gare ferroviaire, histoire de prendre des informations sur le départ du prochain train pour Langzhou, notre prochaine destination. Par comble de chance, le prochain départ est à 15h12!
Sans transition, nous achetons alors nos billets (en classe 'assis dur', nous sommes fidèles!) et sautons dans le train. Mille cinq cent kilomètres nous séparent de l'arrivée, soit encore près de 30 heures de voyage...
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